Résumé

Il existe des personnages de bande dessinée pas tout à fait comme les autres. Prenez Sisco, par exemple. Sa mise impeccable et son physique de beau gosse pourraient laisser penser qu’il se range dans la catégorie des preux chevaliers sans peur et sans reproches, prêts à sauver la veuve et l’orphelin en se conformant au schéma du héros classique du neuvième art. Perdu !

En réalité, Sisco est plutôt le genre de type qu’il vaut mieux ne pas trouver sur son chemin. Une sorte d’exécuteur des basses œuvres au service du pouvoir. Un porte-flingue sans scrupule ni morale, ou plutôt qui ne connaît qu’une seule morale : celle de la raison d’État, à laquelle il se soumet sans états d’âme. Que l’on ne vienne pas lui parler de démocratie, de liberté de la presse ou d’éthique. Ces mots ne font pas partie de son vocabulaire. À une époque où le « politiquement correct » fait rage, Sisco est du genre politiquement très incorrect...

Thriller politique

En puisant son inspiration dans les arrière-cuisines du pouvoir, la série fait œuvre de salubrité publique. Elle lève le voile sur certaines pratiques plus que douteuses et dont le citoyen lambda n’est jamais informé. Pour créer Sisco, le scénariste Benec s’est inspiré de la célèbre affaire Grossouvre, du nom de ce conseiller intime de François Mitterrand dont le cadavre avait été trouvé dans un bureau de l’Élysée, en 1994. Signe d’une fin de mandat marquée par les scandales et les illusions perdues, ce suicide (volontaire ?) lui a donné l’idée d’un thriller dont le « héros » - les guillemets sont de rigueur - serait l’incarnation de la face sombre de la politique, celle qui échappe au contrôle des parlementaires, de la presse et des citoyens. Sisco est un personnage pétri de cynisme, jeune mais déjà blasé, indifférent à la souffrance des autres. Autrement dit, un électron libre qui vient brouiller la frontière entre les bons et les méchants, entre les héros et les salauds.

Le dessin de Thomas Legrain conforte cet ancrage dans le réel. Il privilégie l’ultra-réalisme - parois quasi-photographique - à travers la représentation des décors et des personnages, afin de renforcer la crédibilité du cadre dans lequel sont situées les intrigues de Benec. Celles-ci s’inspirent de thèmes dans l’air du temps, comme les relations entre vie publique et vie privée ou entre politiques et médias, mais aussi de scandales qui ont défrayé la chronique, à l’image de la célèbre affaire du Rainbow Warrior en 1985. Et elles contribuent à faire de Sisco une série singulière dans le paysage contemporain de la bande dessinée.

12 Tomes
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